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Les Vezo du Madagascar


Franco Zecchin

Nous avons rendez-vous à seize heures pour sortir chasser la tortue. Deux pirogues sont là, chacune chargée de cinq jeunes hommes. Tovo, grand chasseur et chef du groupe, a à peine 30 ans. Comme son frère jumeau, il a le dos sillonné d'horribles cicatrices, tous deux ayant été attaqués par un requin en plongeant en haute mer. Les pirogues filent, légères sur l'eau claire et limpide : on dirait presque qu'elles n'ont pas de poids. Nous partons à la recherche d'un passage entre les vagues qui se brisent violemment sur le récif corallien qu'il nous faut franchir. Tovo et ses compagnons observent à contre-jour la mer menaçante, en attendant le moment le plus propice pour passer de l'autre côté. Les vagues ne sont pas toutes pareilles, et ils savent en reconnaître les différences pendant leur déroulement, prévoyant ainsi leur évolution. Au-delà, c'est un océan agité et menaçant qui nous attend et gronde, telle une usine en pleine activité. Les pirogues semblent soudainement fragiles, précaires face à la taille des vagues de l'océan. Une attention constante au maintien de l'équilibre de notre embarcation s'impose : pour qu'elle ne soit pas renversée, il faut prendre en compte les mouvements et la position à bord de chacun, dans un subtil jeu d'influences réciproques. En pagayant vigoureusement, nous abandonnons le calme qui règne aux abords du littoral, et nous nous retrouvons très vite en haute mer, au milieu de vagues enragées et écumantes, ballottés sans répit parmi des montagnes d'eau qui nous privent de tout point de repère. Les pirogues s'alignent à une certaine distance les unes des autres, toutes parallèles à la côte. Tous observent la mer en direction du récif corallien que nous venons de franchir. Il règne un silence lourd de tension ; les minutes, les quarts d'heure, les demi-heures s'écoulent affreusement lentement. Entre-temps, le soleil baisse inexorablement sur l'horizon lointain de l'océan. Tout à coup, quelqu'un indique une direction et la situation change radicalement. Deux pirogues se dirigent rapidement vers le point indiqué, parmi les cris des équipages qui s'exhortent les uns les autres. On coule un grand filet entre la tortue et le récif. Les hommes échangent maintenant de mots, en communiquant par des gestes rapides et directs ; chacun sait ce qu'il a à faire et l'intuition est là pour réagir promptement face aux situations imprévues. Deux hommes plongent, armés chacun d'un hameçon de la taille d'une main, attaché à une corde de 6 mètres de long. Les pirogues se dirigent maintenant vers les côtés du filet, les hommes frappent l'eau avec des massues spécialement conçues pour effrayer la tortue et l'empêcher de s'enfuir. D'autres jeunes se jettent à l'eau et, au bout de quelques minutes de surexcitation, ils refont surface en poussant des cris de joie : ils l'ont attrapée. Quatre, cinq, six d'entre eux la traînent vers la pirogue, l'attachent, puis la hissent à bord. C'est un animal énorme, qui doit peser 200 kg au moins. Nous sommes tous trempés, les vagues se font de plus en plus menaçantes. Nous reprenons le filet et nous nous dirigeons vers la côte. À nouveau, il faudra trouver un passage entre les vagues qui se brisent sur le récif. Nous risquons à tout moment de nous renverser et de tomber à l'eau avec notre chargement. Le retour est une explosion de joie ; au fur et à mesure que nous approchons du village se multiplient les cris d'exultation. Entre-temps, sur le rivage s'est réunie une petite foule. Tout le monde vient à notre rencontre. Le "monstre" est déchargé et traîné avec un cordage par une trentaine d'enfants, jusque sur une pente qui mène au village. Sur la pirogue, Jasmin pousse des cris de joie et fait des cabrioles. Il est ravi : nous allons retrouver sa petite famille au bout de quatre jour de voyage vers le nord. Sa maison est une cabane en paille de 3 mètres carrés, où il vit avec sa jeune épouse et trois enfants. Toutes ses richesses sont là : un harpon pour chasser le poulpe, une pagaie, une casserole et une cuillère. Jasmin chante, danse et s'enivre de rhum ; il dégage une sensualité fraîche et joyeuse, simple et directe. Un vieux tee-shirt, un short, un paréo dans lequel s'envelopper la nuit, ou à utiliser comme voile si nécessaire ... ou bien une voile à utiliser comme couverture. Pêcher, jouer, danser, rire, boire, fumer, manger, faire l'amour. Être entouré d'une multitude d'enfants, bavarder avec les copains, tout se raconter, sans secrets, sans pudeur. Vie de groupe ou grande famille. Adopter les enfants de sa soeur et de son beau-frère, les siens propres vivant avec les grands-parents dans un autre village. Le soleil, le vent et la mer sont là, présences immuables et pourtant vivantes ; majestueuses ou tyranniques, elles conditionnent le déroulement de la vie quotidienne. Ici il n'y a pas de routes, on voyage à bord de pirogues silencieuses poussées par le vent, en respectant les horaires des marées. Si le vent vint du sud, on ne pourra pas aller au sud. On sera alors bloqué trois, quatre jours durant. Si la mer est calme, on ne pêchera pas la tortue au harpon ; si elle est agitée, on ne pourra pas jeter le filet pour attraper le requin au-delà du récif. Au bout de trois-quatre heures de travail, voilà Jasmin de retour chargé de quelques kilos de poisson, qu'il va troquer contre des cigarettes et du rhum. Le soir, ivre et fatigué, il se couche à même le sol avec des copains, ou bien dans sa cabane en paille avec sa femme et les enfants, ou bien encore avec l'une des jeunes filles du village. Le lendemain il sortira à nouveau pour affronter la mer et tenter sa chance, à bord d'une vieille pirogue, avec un filet raccommodé.
To Nomads
To Franco Zecchin Book


 

Franco Zecchin / Picturetank ZEF0335981

Salary. Des filles masquées. Une clôture de mangrove définit l’espace du groupe familial. Les cabanes de Vezos sont fabriquées par un cadre en bois recouvert de cannes.

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Franco Zecchin / Picturetank ZEF0335979

Tsifota. Des polypes et des cuttlefish séchent au soleil. Le produit d’une pêche rentable, pratiqué avec des moyens modernes, qui peut produire des bénéfices élevés, est considéré par Vezos comme malsain, "chaud". Quand quelqu'un devient riche trop vite, il devient "chaud", plus vulnérable, et le risque de tomber ou de mourir augmente considérablement. La vraie richesse, dans la vie de Vezo, sont des enfants. La prédilection pour la progéniture est très marquée.

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Franco Zecchin / Picturetank ZEF0335980

Tsifota. Lorsque le chasseur de tortue revient de la mer, la proie est transportée dans le village où elle sera découpée en morceaux encore vivante. Après la cuisson, elle sera partagé entre les habitants du village.

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Franco Zecchin / Picturetank ZEF0253799

Andravony, Madagascar, 1993. Des familles ont vogué vers un récif corallien réputé poissonneux ; le campement s'installe. Les femmes préparent la cuisine ; les tentes sont dressées avec les voiles, les pagaies et les haubans de la pirogue.

Andravony, Madagascar - 05/05/1993

 

Franco Zecchin / Picturetank ZEF0255439

Ankaramifoka, Madagascar, 1993. Tente Vezo.

Madagascar - 05/05/1993

 

Franco Zecchin / Picturetank ZEF0255438

Tsifota, Madagascar, 1993. La mer, les estrans coralliens et les dunes sableuses forment l'espace où nomadisent les Vezo; les femmes collectent à la marée basse, les hommes chassent et pêchent les poissons.

Madagascar - 05/05/1993

 

Franco Zecchin / Picturetank ZEF0255441

Antsepoka, Madagascar, 1993. Après les grandes navigations de la saison froide, les Vezo se fixent au moment des pluies et des cyclones, dans des hameaux sur les dunes : un cycle pendulaire caractéristique de leur propension au semi-nomadisme.

Madagascar - 05/05/1993

 

Franco Zecchin / Picturetank ZEF0255440

Salary, Madagascar, 1993. Chaque voile vezo porte une marque particulière.

Madagascar - 05/05/1993

 

Franco Zecchin / Picturetank ZEF0255442

Tsifota, Madagascar, 1993. Les pirogues rentrent. Les femmes s'apprêtent à griller ou à faire sécher une partie des poissons, qui seront échangés aux agriculteurs ou vendus sur les marchés d'alentour.

Madagascar - 05/05/1993

 

Franco Zecchin / Picturetank ZEF0255443

Tsifota, Madagascar, 1993. Collecte à merée basse.

Madagascar - 05/05/1993

 

Franco Zecchin / Picturetank ZEF0253802

Salary, Madagascar, 1993. Tous apprennent tôt dans les eaux du lagon, avec de simples jouets ou des modèles réduits pour les adolescents, le maintien de la pirogue, avec son flotteur- balancier et sa voile rectangulaire.

Salary, Madagascar - 05/05/1993

 

Franco Zecchin / Picturetank ZEF0253801

Salary, Madagascar, 1993. Pêcheurs jouant au domino, en fin après-midi. Après les grandes navigations de la saison froide, les Vezo se fixent au moment de pluies et de cyclones, dans des hameaux sur les dunes : un cycle pendulaire caractéristique de leur propension au seminomadisme.

Madagascar - 05/05/1993

 

Franco Zecchin / Picturetank ZEF0253800

Manombo, Madagascar, 1993. Charrettes et boeufs sont typiques du Sud-Ouest malgache. Les Vezo ont toujours eu l'habitude des périples dans les villages de cultivateurs, pour échanger poissons et poulpes contre du manioc et du maïs.

Manombo, Madagascar - 05/05/1993

 

Franco Zecchin / Picturetank ZEF0253798

Antsepoka, Madagascar, 1993. L'organisation sociale des Vezo est basée sur la famille étendue, des enfants aux grands-pères et allié. Le patriarche est un genre de conseiller technique participant : il connaît les endroits productifs particuliers, les points d'eau doux ; il décide au sujet de l'itinéraire de la grande migration annuelle, en liaison avec la situation économique sociale ; il dirige des relations avec le surnaturel pour résoudre les "anomalies de la vie" comme les maladies, des accidents, le rendement nul de la chasse-collecte des produits de mer, etc..

Madagascar - 05/05/1993

 

Franco Zecchin / Picturetank ZEF0253797

Ambatomilo, Madagascar, 1993. École publique. Le taux scolastique est très bas. Les enfants ne sont pas motivés aux études ; leurs propres familles préfèrent se faire aider par eux à la pêche et aux travaux domestiques.

Madagascar - 05/05/1993

 

Franco Zecchin / Picturetank ZEF0253796

Salary, Madagascar, 1993. Père et enfants pêchent avec le petit filet léger à la basse marée. La famille est l'unité de travail de base dans le système Vezo.

Madagascar - 05/05/1993

 

Franco Zecchin / Picturetank ZEF0253795

Tsifota, Madagascar, 1993. Enfants en attente d'entrer dans la salle de classe. L'abaissement du niveau de vie des Vezo est relié à la dégradation générale des structures publiques.

Madagascar - 05/05/1993

 

Franco Zecchin / Picturetank ZEF0253794

Tsifota, Madagascar, 1993. Préparations pour la navigation à voile sur la pirogue. Le Vezo ne sont pas vraiment fixés ; ils n'ont pas leur propre territoire et ils montrent une mobilité persévérante, aussi quand ils résident principalement sur un endroit déterminé.

Madagascar - 05/05/1993

 

Franco Zecchin / Picturetank ZEF0253793

Manombo, Madagascar, 1993. Préliminaires à un match de catch. Il y a un réseau complexe d'interactions entre les différents éléments constitutifs de la communauté Vezo : l'organisation éthique et sociale ; les techniques d'achat des produits indispensables; les techniques de communication avec le surnaturel, les ancêtres et les divinités. Les capacités manuelles dues à leur façon de vivre sont aussi une autre raison qui les rend intéressants.

Madagascar - 05/05/1993

 

Franco Zecchin / Picturetank ZEF0253792

Toliara, Mahavatse district, Madagascar, 1993. La saison des pluies est mise à profit pour réparer les avaries de la pirogue. Une résine végétale, chauffée, est passée sur les brèches de la coque pour en assurer l'étanchéité.

Madagascar - 05/05/1993

 

Franco Zecchin / Picturetank ZEF0253803

Salary, Madagascar, 1993. Pêche au requin. Depuis 10-15 ans, la majorité de pêcheurs observe une diminution générale de taille moyenne et du nombre de poissons saisis. C'est la conséquence de l'augmentation continue de l'effort de pêche, liée à la pression démographique.

Madagascar - 05/05/1993

 

Franco Zecchin / Picturetank ZEF0029889

Tsifota, Madagascar, 1993. Si le filet, traditionnellement peu utilisé par les Vezo, concurrence aujourd'hui le harpon, ce sont le commerce de la nacre ou du tripang et les chalutiers industriels qui menacent l'équilibre écologique.

Tsifota, Madagascar - 05/05/1993

 

Franco Zecchin / Picturetank ZEF0029888

Tsifota, Madagascar, 1993. La chasse à la tortue, capturée au harpon dans les hauts-fonds au large, est prestigieuse et un culte est dédié à cet animal mythologique. Le retour des pirogues est un moment exceptionnel.

Tsifota, Madagascar - 05/05/1993

 

Franco Zecchin / Picturetank ZEF0029890

Antsepoka, Madagascar, 1993. Vivre au plus près de la nature, en s'adaptant à elle et non en la soumettant : une volonté d'harmonie qui devient difficile à réaliser pour les Vezo, comme pour tous les nomades.

Antsepoka, Madagascar - 05/05/1993

 

Franco Zecchin / Picturetank ZEF0360100

Anakao. Femme qui attend le médecin du village pour examiner son fils. Les Vezo recourt toujours à la médecine traditionnelle. Selon leur conception de l'univers, les maladies sont des anomalies causées par les transgressions des hommes au monde surnaturel, à la distribution des biens et à la prospérité.

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