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Les Touaregs du Mali


Franco Zecchin

Il fait encore nuit. Aussi silencieusement que possible, nous traversons en courant ce no man's land qu'est la frontière entre l'Algérie et le Mali. Nous nous arrêtons au bout d'une descente, loin du camp de réfugiés de Tin-Zawatine, hors de portée des jumelles des gendarmes algériens. Dans notre petit groupe, des jeunes gens vont rejoindre les Touaregs engagés dans la guérilla contre l'armée malienne, quelques centaines de kilomètres plus au sud. À midi il est impossible de résister au soleil, et nous cherchons un peu d'ombre sous un petit acacia; tout autour, le silence du Sahara semble vibrer de chaleur. Vers la fin de la journée, un vrombissement au loin nous annonce l'arrivée d'une Toyota blanche, ornée de nombreuses taches jaunes et chargée de combattants du F.P.L.A. (Front populaire de libération de l'Azawad). Ils sont armés de kalachnikovs, de mitraillettes chinoises, de fusil et de grenades. Nous montons en voiture avec les vivres et le matériel que nous avons apportés, et nous commençons un voyage de 700 kilomètres dans le désert, où nous ne rencontrons que quelques familles touarègues, qui vivent encore nomades dans le nord du pays, sous le contrôle militaire du Front.La plupart de touaregs ont fui la sécheresse et les répressions du régime, en abandonnant leurs troupeaux, leur maison, leur commerce. Ils vivent maintenant dans la plus grande indigence, dans les camps de réfugiés à la frontière de l'Algérie et de la Mauritanie. Ce sont des femmes et des enfants, des vieillards malades ou des jeunes chômeurs abandonnés à leur propre destin, qui vivent dans des abris faits de tôle et de chiffons.Les adultes valides s'engagent dans la guérilla. "Azawad" est un mot important dans le coeur de ces gens: les enfants dessinent des scènes de combats armés sur les tissus des tentes, les jeunes se réunissent le soir en chantant des chansons de lutte mélancoliques, s'accompagnant au son de la guitare. Les femmes cachent au fond de leur coeur le souvenir des êtres chers disparus ou tombés au combat, pendant que les hommes célèbrent la beauté, la fertilité et l'abondance des pâturages qu'ils ont dû quitter. C'est un peuple uni, digne et fier, qui affiche, avec force et détermination, son intention de se battre pour gagner à nouveau le droit de vivre en paix sur les terres qui sont les siennes depuis des siècles. Les combattants que je rencontre sont des jeunes gens gais et moqueurs, simples et austères, comme peut l'être ce peuple tout entier. Ce sont des guerriers de 20 ans, qui ne possèdent rien d'autre que la mitraillette qui les accompagne dans leur moindre déplacement, sorte d'objet fétiche auquel ils prêtent le pouvoir de racheter leur liberté. Pas une seule balle ne doit être gâchée, chacune devant servir exclusivement à frapper l'ennemi. Nous voyageons jour et nuit, dans un état d'alerte perpétuel. Bien que le territoire ne semble guère réserver de surprises, les armes sont toujours prêtes à tirer. Le désert peut en effet cacher des embûches, et derrière une colline, dans une dépression de terrain ou un buisson de ronces peut surgir un dangereux ennemi, prêt à frapper à l'improviste. Après pas mal d'années de guérilla menée par les Touaregs et de féroces représailles de la part de l'armée malienne et des forces paramilitaires, le bilan des victimes est lourd, notamment parmi la population civile. Les accords de paix signés entre 1991 et 1995 entre les rebelles et le gouvernement ont nourri l'espoir des réfugiés de pouvoir se réinstaller sur leurs propres territoires et de recommencer à y vivre dans la dignité. Malheureusement, la vie et l'économie du pays ne sont pas encore prés de retrouver une certaine normalité.
To Nomads
To Franco Zecchin Book


 

Franco Zecchin / Picturetank ZEF0253483

Tamanrasset, Algérie, 1991. Les réfugiés touaregs de l'Azawad s'installent aussi dans les petits centres de sédentarisation de l'Ahaggar algérien.

Tamanrasset, Algérie - 11/11/1991

 

Franco Zecchin / Picturetank ZEF0253500

Combattants du FPLA. Leur parcours est souvent marqué par les départs anciens, vers la Libye en particulier. Ces migrants, les ishumar , du français « chômeur », ont introduit dans la culture touarègue de nouvelles expressions poétiques et musicales.

Algérie - 11/11/1991

 

Franco Zecchin / Picturetank ZEF0029887

Camp de réfugiés de Tin Zawatine, Algerie, 1991. Jeune femme touarègue venant d'accoucher. Le départ massif des hommes, le développement de l'insurrection et de la répression ont perturbé les rapports traditionnels entre les hommes et les femmes.

Tin Zawatine, Algérie - 11/11/1991

 

Franco Zecchin / Picturetank ZEF0253501

Azawad, Mali, 1991. Base de Taikare. Combattants du FPLA au repos entre deux opérations militaires.

Azawad, Mali - 11/11/1991

 

Franco Zecchin / Picturetank ZEF0253498

Camp de réfugiés de Tin Zawatine, Algérie, 1991. En 1996, le Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations Unies estimait que 150 000 Touaregs vivaient encore dans les camps, en Algérie mais aussi au Burkina-Faso et en Mauritanie.

Tin Zawatine, Algérie - 11/11/1991

 

Franco Zecchin / Picturetank ZEF0253596

Combattants touaregs du Front Populaire de Libération de l’Azawad dans leur base de Taikare. Le FPLA est un des mouvements organisateurs, dans les années 1990, de l’insurrection touarègue au Mali.

Algérie - 11/11/1991

 

Franco Zecchin / Picturetank ZEF0253627

Femmes portant l’eau au camp de réfugiés de Tin Zawatine, en Algérie, qui accueille de nombreux Touaregs fuyant la répression au Mali. Là comme ailleurs dans le désert, l’eau est la condition principale de l’installation humaine.

Algérie - 11/11/1991

 

Franco Zecchin / Picturetank ZEF0253645

Touareg lavant son linge. Images de la vie quotidienne dans les zones contrôlées par le FPLA au nord du Mali.

Algérie - 11/11/1991

 

Franco Zecchin / Picturetank ZEF0253611

Départ d’une femme fuyant Gao sous la protection des combattants du FPLA pour se réfugier au camp de Tin Zawatine.

Algérie - 11/11/1991

 

Franco Zecchin / Picturetank ZEF0253499

Camp de réfugiés de Tin Zawatine, Algérie. Les femmes occupaient traditionnellement une position clef dans la société touarègue, où les ancêtres des tribus sont généralement féminines.

Algérie - 11/11/1991

 

Franco Zecchin / Picturetank ZEF0253487

Tin Zawatine, Algérie. À travers les dessins d'enfants griffonés au charbon sur les tentes de réfugiés, les images de la guerre s’imposent à tout moment dans les camps.

Algérie - 11/11/1991

 

Franco Zecchin / Picturetank ZEF0029886

Femmes ayant perdu leurs maris victimes de la répression et des combats. Les réfugiés à Tin Zawatine arrivent généralement démunis et souffrent de l’absence de ravitaillement et des conditions sanitaires dans le camp.

Tin Zawatine refugee camp, Algeria, Algérie - 11/11/1991



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