French English Spanish Any Retour Retour

Les Baydan de Mauritanie


Franco Zecchin

Monter un chameau exige une participation active de la part du "cavalier", des muscles vigoureux et une attention constante. C'est une expérience très prenante, qui couple le souffle. Dès qu'on le monte, le chameau bondit et commence à galoper, comme pour se soulager de la gêne occasionnée par cette présence importune. Un cahotement sec et dur, ininterrompu, donne l'impression de chevaucher une machine de rodéo dans une foire, dont le seul but serait de tester la résistance physique et l'équilibre du cavalier. J'ai vraiment le sentiment que je ne pourrai supporter plus de quelques minutes tant de brutalité, mais, paradoxalement, le corps finit par s'adapter, tant bien que mal, trouvant même une sorte d'harmonie avec le mouvement de l'animal. La selle, quand il y en a une, est si rigide et inconfortable qu'elle semble scier les jambes à la jointure, derrière les genoux; le seul souhait est alors de monter à cru. Mais le contact direct avec le corps de l'animal peut se révéler encore plus éprouvant. La seule consolation, c'est d'avancer sans bruit dans la beauté sublime d'un paysage parfaitement sauvage, avec une sensation de liberté totale et illimitée. Cheik Ahmed me précède en traînant derrière lui une jeune chèvre capricieuse, faisant preuve d'une patience et d'une opiniâtreté exemplaires. C'est un Baydan à l'intelligence très vive et sensible, qui ressemble vaguement à Sean Connery dans son rôle de moine dans Le Nom de la rose. Il s'exprime dans un français assez sommaire, appris sur le tas, mais qui se révèle fort utile, voire précieux, notamment dans le désert, où les nomades parlent exclusivement le hassaniyya, une langue très proche de l'arabe classique. Son incroyable énergie se déploie dans son pas long et rapide, une allure qu'il est capable de garder des heures durant. À treize heures la chaleur est insupportable; sous cette tente minuscule perdue au beau milieu d'un espace infini cohabitent des femmes et des enfants, des chèvres, des chiens. Des mots, des conversations, des rires: culture orale. On prépare continuellement du thé, sans se presser, il n'y a rien d'autre à faire. Le breuvage fumant est transvasé d'un verre à l'autre, afin de bien mélanger le sucre et d'obtenir la mousse que l'on aime tant. Les hommes, après avoir trait les chamelles ce matin à l'aube, sont maintenant partis au loin avec les troupeaux. Les femmes occupent leur temps libre à jouer au sigg, e traçant des lignes sur le sable; en guise de pions, des crottes de chameau et des petits bouts de bois. Tous deux allongés sur les nattes, la tête posée sur les coussins, Cheikh Ahmed fume du tabac brut dans sa petite pipe droite en métal ouvragé, tandis qu'Ichbere, une jeune mère, me regarde fixement dans les yeux. La tente ressemble à un bateau renversé: c'est un espace vide, dénudé, épuré. La partie se trouvant au nord est occupée par une structure en bois, dite rhal, sorte de baldaquin sur lequel sont posés les rares objets constituant les richesses familiales: le coffre contenant la dot, les ustensiles de cuisine, les récipients pour le lait, les couvertures en laine, le fusil. La radiocassette à piles est l'un des rares objets témoins de la modernité: elle marche sans arrêt. La musique est dure, nue et simple, obsessionnelle dans ses répétitions, violente et sans joie, mais toujours présente; minimaliste, elle souligne indifféremment chaque heure de la journée, les activités quotidiennes, les discussions murmurées, les disputes et les mots tendres. Soudain, une décision inattendue vient bousculer cette atmosphère paisible; on démonte tout et in se déplace. Deux chameaux sont chargés de l'ensemble des affaires: la tente, l'eau, le rhal et les accessoires, la femme et les enfants. Cheikh Ahmed marche devant, tout seul, le fusil sur l'épaule. De temps en temps, il s'arrête pour observer le sable, les crottes des animaux, quelques arbustes salés qui conviennent particulièrement bien à l'alimentation des chameaux, ou bien encore le profil des dunes à l'horizon. Bref, toutes ces choses, anodines pour quelqu'un d'inexpérimenté qui ne verra ici qu'une vaste étendue de sable et de pierraille, lui fournissent autant d'informations indispensables pour choisir le meilleur emplacement pour le nouveau campement. On s'arrête au bout d'une heure. Ichbere monte rapidement la tente et s'apprête à cuisiner. La température descend tout aussi rapidement que le soleil baisse à l'horizon. Les troupeaux rentrent du pâturage. Les hommes font la prière agenouillés en direction de l'est. Tout le monde se retrouve autour du feu, sous un ciel resplendissant d'étoiles.
To Nomads
To Franco Zecchin Book


 

Franco Zecchin / Picturetank ZEF0029891

Au nord de Oualata. La vie des Maures est faite d'incessants déplacements, pour changer de pâturages tout d'abord, mais aussi pour aller puiser l'eau, chercher les bêtes égarées, s'approvisionner sur les marchés du Sud, ou tout simplement visiter un autre campement.

Nord de Oualata, Mauritanie - 03/11/1993

 

Franco Zecchin / Picturetank ZEF0251202

L’habitat traditionnel est la tente, khayma, confectionnée de bandes tissées de poils de chameaux, de moutons et de chèvres, fabriquée par les femmes, ou de bandes de cotonnades blanches obtenues des agriculteurs maliens.

Mauritanie - 03/11/1993

 

Franco Zecchin / Picturetank ZEF0251214

Les chamelles sont traites matin et soir par les hommes. Le lait peut constituer la seule alimentation, et parfois même la seule boisson, pour des périodes plus ou moins longues, entre octobre et février, losque les pâturages sont abondants.

Mauritanie - 03/11/1993

 

Franco Zecchin / Picturetank ZEF0251205

Au nord de Oualata. Dans la société maure, les familles nemadi ne possédaient pas autrefois de bétail et vivaient de la chasse, effectuée avec des chiens lévriers, produisant le tishtar, viande séchée très appréciées. Des jeunes enfants nemadi consomment le lait du matin.

nord de Oualata, Mauritanie - 00/00/0000

 

Franco Zecchin / Picturetank ZEF0251210

Les femmes de la tribu chamelière des Hammunât portent encore le vêtement drapé traditionnel, la melhafa, teint d’indigo.

Mauritanie - 03/11/1993

 

Franco Zecchin / Picturetank ZEF0251212

Au nord de Oualata. Dans cette société musulmane, les femmes jouissent d'une liberté certaine, refusant par exemple la polygamie, et elles étaient autrefois du fait de la vie nomade responsables de nombreuses activités.

nord de Oualata, Mauritanie - 00/00/0000

 

Franco Zecchin / Picturetank ZEF0251217

Au nord de Oualata. Les femmes sont installées à dos de chameau avec les jeunes enfants, les jeunes animaux et quelques objets précieux. Les hommes et les enfants plus âgés vont à pied. Une trentaine de kilomètres sont parcourus dans la journée.

nord de Oualata, Mauritanie - 00/00/0000

 

Franco Zecchin / Picturetank ZEF0251231

Dans les ruelles de Oualata, un homme poursuit un enfant. Oualata est une des cités médiévales du désert, relais des caravanes transsahariennes et centre de culture et d’études religieuses.

Mauritanie - 03/11/1993

 

Franco Zecchin / Picturetank ZEF0251221

Oualata. La scolarisation des enfants est l'une des causes non négligeable de la sédentarisation des nomades.

Oualata, Mauritanie - 00/00/0000

 

Franco Zecchin / Picturetank ZEF0251218

À côté de la parenté « par le sang », les Maures, comme tous les musulmans, accordent une grande importance à la parenté « par le lait », qui crée entre ceux allaités par une même femme des relations analogues à celles existant entre frères et sœurs, interdisant en particulier tout mariage.

Mauritanie - 03/11/1993



top